Communiqué de presse du 1er novembre 2006
AVANT LE SCRUTIN, la campagne électorale s’est déroulée dans une ambiance empestée par les conséquences des évènements tragiques des 20 au 22 août dernier. Une ambiance marquée par la peur de l’autre et l’intolérance absolue à son égard.
Les conséquences en ont été illustrées par un certain nombre d’incidents violents dont nous ne retiendrons que deux exemples survenus dans des conditions comparables aux deux extrémités du pays : les incidents suscités par l’intervention du pasteur Ngoy à Lubumbashi et de Nzanga Mobutu à Gbadolite.
Dans ces deux cas, la Monuc a dû intervenir pour arracher ces personnalités à la fureur de partisans déchaînés.
Particulièrement regrettable aussi - et pour les mêmes raisons – l’usage fait des médias par les deux candidats : l’un utilisant les moyens dont il est propriétaire, l’autre se servant des moyens nationaux, sans toujours que la Haute Autorité des Médias puisse imposer un partage équitable des temps de parole. Ces pratiques ont abouti à l’annulation du débat télévisé prévu par la loi électorale et programmé pour le 26 octobre et à la diffusion sur la Radio Télévision Nationale Congolaise, le 27 octobre, d’un point de presse du Président Kabila sans que son concurrent puisse avoir accès au même canal avant la clôture de la campagne électorale.
Il convient toutefois de relativiser les conséquences de ces mauvais usages en soulignant que les journalistes congolais, dans leur majorité, ont contribué, progressivement et de façon responsable, à l’apaisement nécessaire et que les excès sont venus des deux camps.
Dans la marche vers la démocratie dans laquelle le peuple congolais est résolu à s’engager, il conviendra de veiller à l’avenir, une fois vaincue la maladie de la peur, à des comportements plus respectueux à l’égard des adversaires et des électeurs appelés à les départager.
LE JOUR DU SCRUTIN, le peuple congolais a, une nouvelle fois, manifesté son civisme et sa profonde aspiration à la paix et à la stabilité.
La preuve en a été administrée en particulier par l’afflux dans chaque bureau de vote des très nombreux témoins des partis politiques et des observateurs nationaux qui se sont généralement comportés avec une parfaite correction.
Le scrutin s’est ainsi déroulé dans un calme remarquable à l’exception des deux seuls incidents dramatiques survenus à Bumba et à Fataki. Il faut en rendre hommage à tous les acteurs : les électeurs eux-mêmes, les témoins et observateurs nationaux, les agents de la CEI et ceux des forces nationales et internationales en charge de la sécurité.
L’ensemble de nos observateurs s’accorde ainsi à reconnaître que tout s’est passé dans l’ordre avec des améliorations sensibles dans la transparence des opérations, grâce aux mesures adoptées par la CEI à laquelle les deux camps ont à juste titre rendu hommage par leur communiqué conjoint du 28 octobre.
APRES LE SCRUTIN, la tâche de la MOE UE est loin d’être achevée, il s’agit pour elle de participer aux opérations de compilation et de diffusion des résultats pour contribuer par sa vigilance rigoureuse à garantir qu’aucune manipulation frauduleuse ne permettra de fausser les résultats et de travestir ainsi la volonté du peuple souverain.
De même, face au risque que des fous furieux tentent une nouvelle fois par la violence de contester ces résultats, nous appelons chacun des candidats à la magistrature suprême à démontrer qu’ils en sont dignes en maîtrisant, comme ils s’y sont engagés, les plus extrémistes de leurs partisans.
Philippe MORILLON,
Chef de la Mission d’Observation électorale de l’UE
